Le cushioning, cette assurance amoureuse qui ne rembourse personne

K'aiza, k'aiza ! 👋 La maison est étrangement silencieuse cette semaine : vacances obligent, ma fille est partie passer quelques jours chez ses grands-parents. Pas de crise de larmes, pas de mitraillette à questions, pas de négociation de goûter. Le papa au foyer se retrouve en congé technique (personne ne m'a demandé mon avis, mais je prends). Alors j'écris. Oui, un billet en pleine semaine : je casse le rythme, profitez-en. Et dans ce silence inhabituel, un souvenir d'avant est remonté tout seul : l'époque où j'avais un badge, des collègues et une machine à café.
Avant de devenir papa au foyer à plein temps, j'ai enchaîné plusieurs métiers. Dont un passage dans une entreprise de BPO (l'externalisation : ces grands plateaux où l'on traite depuis Tana les dossiers et les appels du monde entier). Une expérience enrichissante, sincèrement. J'y ai fait de très belles rencontres. (Et croisé, soyons honnêtes, énormément de magnifiques collègues. Chérie, si tu me lis : simple contexte sociologique, rien de plus.)
Or, qui dit open space dit histoires de cœur. Et c'est là, entre deux casques et trois pauses café, que j'ai observé pour la première fois un phénomène qui n'avait pas encore de nom à l'époque. Aujourd'hui, il en a un : le cushioning.
C'est quoi, le cushioning ?
Le mot vient de l'anglais cushion, le coussin. Le principe : être en couple, mais entretenir discrètement une ou plusieurs "options de secours". Des personnes qu'on garde au chaud à coups de messages doux, de compliments bien dosés et d'attentions savamment ambiguës. Jamais rien d'officiel. Juste des coussins, posés là, au cas où la relation principale se casserait la figure.
Une assurance amoureuse, en somme. Sauf qu'aucune compagnie au monde ne rembourse ces dégâts-là. Ni côté coussin, ni côté couple.
Les signes qui ne trompent pas :
- le message "tu dors ?" à 23h47, envoyé à quelqu'un qui n'est pas son sipa (l'amoureux ou l'amoureuse officielle, en parler de chez nous) ;
- les compliments calibrés au millimètre : assez chauds pour entretenir la braise, assez froids pour plaider l'amitié ;
- le fameux "cousin" ou la fameuse "cousine" : pas vraiment cousin, ou alors un cousin tellement éloigné qu'il en devient vadyable (de vady, l'époux ou l'épouse en malgache ; comprendre : épousable en cas de besoin) ;
- et jamais, au grand jamais, de rendez-vous assumé en plein jour.
L'open space, laboratoire du coussin
Sur le plateau, j'avais le meilleur poste d'observation qui soit : j'étais le collègue déjà casé, donc inoffensif, donc confident. (Le Philosophe du fond du taxi-be, version bureau.)
Il y avait ce collègue qui menait trois conversations en parallèle avec le même sourire tranquille. Cette collègue dont le "cousin" prenait des nouvelles tous les soirs à la même heure (un cousin très éloigné, donc parfaitement vadyable). Et ce grand classique du genre, "on est juste amis", toujours prononcé en baissant un peu la voix.
Le plateau fonctionnait comme un petit quartier : tout finissait par se savoir, et les coussins finissaient toujours par découvrir qu'ils étaient des coussins.
Bon. Je précise : je ne juge personne. J'ai surtout vu, de près, comment ça se termine.
Pourquoi on garde des coussins (et pourquoi ça pique)
La peur, essentiellement. Peur du vide, peur de la solitude, besoin d'être validé quelque part quand ça grince à la maison. C'est très humain, et ce n'est même pas nouveau : les réseaux sociaux ont juste industrialisé un très vieux réflexe.
Alors comprendre, oui. Excuser, non. Parce qu'un coussin, dans cette histoire, c'est une personne. Quelqu'un qui espère, qui attend, qui relit les messages le soir. Et pendant ce temps, l'énergie investie dans les coussins est exactement celle qui manque à la relation principale pour se réparer. Tout le monde perd. Doucement, confortablement, mais tout le monde perd.
La morale de l'histoire ?
Un coussin, c'est fait pour amortir une chute. Une relation, ça se construit debout, les deux mains libres.
Moi, en tout cas, la question est réglée depuis longtemps : à la maison, les seuls coussins qu'on garde sous le coude servent aux batailles de salon. Et ma fille gagne à chaque fois. 🙂
Et toi, tu as déjà découvert que tu étais le coussin de quelqu'un ? (On s'en rend toujours compte trop tard.) Raconte-moi, ici c'est un espace sans jugement.
Okay daholo, et à la prochaine ! ✨
Andry
Ce billet t'a parlé ? Réponds-moi, je lis tout et je réponds à tout le monde.