On m'a (encore) pris pour un père célibataire

K'aiza, k'aiza ! 👋 Dimanche après-midi, au parc du quartier. Un vrai parc gasy : des chevaux de bois que des jeunes costauds poussent à bout de bras, des petites voitures à pousser soi-même, et cette musique de kermesse qui tourne en boucle depuis, je crois, ma propre enfance. Ma fille enchaîne les tours de cheval (et accessoirement les tours de mes nerfs), moi je monte la garde avec le sachet de goûter. C'est là qu'une dame s'approche, sourire en coin. Je vous raconte.
La question qui tue
"Elle est adorable ! Et dites-moi... c'est vous qui l'élevez tout seul ?"
Ah. Nous y voilà. Encore.
(Pendant ce temps, en fond sonore, le cheval de bois de ma fille entame son septième tour. Le jeune homme qui le pousse tient un rythme de marathonien, lui.)
Parce que oui, figurez-vous que ça n'est pas la première fois. Un papa qui mitsangatsangana (se balader) régulièrement avec sa fille, en semaine, en journée, sans maman visible dans un rayon de cinquante mètres ? Pour certaines, l'équation est vite résolue : père célibataire. Courageux. Touchant. À consoler d'urgence.
Et je vais être honnête avec vous : c'est très valorisant. J'adore même ça. (Ne répétez pas ça à ma femme... quoique. Elle lira ce billet. Chérie, si tu me lis : c'est pour le contenu.)
La vérité (moins hollywoodienne)
La vérité, c'est que la maman de ma fille existe, qu'elle va très bien, et qu'à l'heure où j'écris ces lignes elle est, comme souvent, en déplacement pour son travail. Son métier l'emmène loin de la maison, régulièrement, et pour de vraies bonnes raisons.
Alors moi, j'ai un poste à plein temps : être là. Pas "garder la petite en attendant". Être là, complètement. Mon vrai travail, celui qu'on ne met sur aucun CV, c'est que ma fille ne croise jamais le vide. Qu'entre deux appels vidéo avec sa maman, la maison reste pleine : des jeux, des bêtises, des goûters négociés à la baisse (j'échoue souvent) et quelqu'un qui répond "oui" quand elle crie "papa ?" depuis l'autre bout de la cour.
Et ce temps-là, personne ne me le vole. On se connaît par cœur, elle et moi. Je sais décoder un "papaaaa" inquiet d'un "papaaaa" stratégique à trois kilomètres de distance. Elle, de son côté, sait exactement à quelle heure de la journée mes défenses anti-deuxième-goûter sont au plus bas. (16h47. Mais je nie tout.)
Elle ramène le monde, je tiens la maison
Et sa maman dans tout ça ? Elle assure, ailleurs, pour nous. Les foyers ont mille configurations possibles, et la nôtre marche comme ça : elle ramène le monde à la maison, je tiens la maison dans le monde. Chacun son front. Aucun des deux n'est plus "à sa place" que l'autre.
Bref !
Une famille, ce n'est pas une question de qui est à la maison. C'est une question de qui est présent. Et chez nous, de la présence, il y en a : en chair, en os et en appels vidéo du soir.
Quant aux dames du parc : la prochaine fois, promis, je dis la vérité tout de suite. Enfin... peut-être après le deuxième compliment. 🙂
Et vous, on vous a déjà inventé une vie complète au parc ou au marché ? Racontez-moi ça.
Okay daholo, et à la prochaine ! ✨
Andry
Ce billet t'a parlé ? Réponds-moi, je lis tout et je réponds à tout le monde.