Bref, j'ai pris le taxi-be à l'heure de pointe

K'aiza, k'aiza ! 👋 Lundi matin, 6h45. Je suis à l'arrêt, coincé entre une dame au panier mystérieux et un monsieur qui bâille plus fort que le moteur d'un camion. Au loin, mon taxi-be (le bus collectif d'Antananarivo) apparaît enfin, penché sur le côté comme un boxeur fatigué. Je vous raconte.
Le receveur ouvre la portière avant même l'arrêt complet du véhicule (les lois de la physique, ici, sont plutôt des suggestions) et lance son cri de guerre :
"Analakely-Analakely-Analakely ! Mandrosoa kely azafady (avancez un peu s'il vous plaît) !"
Avancer. Où ça, exactement ? Dans la poche du monsieur devant moi ? Le véhicule est plein. Enfin, "plein" selon MES critères. Selon les critères du receveur, il reste de la place pour au moins six personnes, un sac de riz et, pourquoi pas, une poule.
Bon. J'inspire un grand coup, je rentre le ventre (on fait ce qu'on peut) et je monte.
Le taxi-be, cette école de géométrie
Une fois à l'intérieur, je découvre une nouvelle branche des mathématiques : la géométrie taxi-besque. Sur une banquette prévue pour trois, nous sommes quatre et demi (le demi, c'est moi, en équilibre sur douze centimètres de mousse). Mon sac est sur mes genoux, le panier de ma voisine est sur mon sac, et le coude de quelqu'un, je ne saurai jamais qui, est dans mes côtes.
C'est ma-thé-ma-ti-que-ment impossible, et pourtant nous y sommes. Le personal space ? Jamais entendu parler. Ici on partage tout : la banquette, l'air, les conversations téléphoniques du voisin (j'en sais désormais beaucoup trop sur le mariage de sa cousine).
Petit bestiaire des passagers
À force d'observer, j'ai fini par dresser ma petite classification des espèces qui peuplent nos taxi-be. Liste non exhaustive bien sûr :
- Le Dormeur professionnel : s'endort avant le démarrage, se réveille pile à son arrêt. Un sixième sens que la science n'explique pas ;
- La Dame au panier : personne ne sait ce qu'il contient. Parfois ça bouge. On ne pose pas de questions ;
- Le DJ ambulant : partage sa playlist avec tout le bus, haut-parleur à fond. Gratuitement. Quelle générosité ;
- L'Acrobate de la portière : voyage à moitié dehors, l'air de trouver ça parfaitement confortable ;
- Le Philosophe du fond : commente les embouteillages comme un consultant à la télé. "Ça ne passera jamais par Anosy." Il a toujours raison.
Et puis il y a moi : l'espèce qui rate son arrêt parce qu'elle était trop occupée à écrire ce billet dans sa tête.
Et pourtant, ça marche
On pourrait s'arrêter là et râler (croyez-moi, certains matins, je ne m'en prive pas). Mais la vérité, c'est que ce système fonctionne, et même plutôt bien. Regardez le receveur : il retient qui a payé, qui attend sa monnaie, qui descend où, sans carnet, sans appli, sans stress apparent. Un cerveau pareil, ça vaut tous les logiciels du monde.
Et ce détail que j'aime par-dessus tout : quand on est assis trop loin, on confie ses pièces au passager de devant, qui les passe au suivant, qui les passe au receveur. La monnaie traverse tout le bus de main en main... et la monnaie rendue refait le chemin inverse, sans jamais se perdre. Dans quel autre endroit du monde fait-on circuler son argent entre dix inconnus en toute confiance ? Ici. Tous les jours. Moramora (doucement, tranquillement), mais sûrement.
Enfin bref ! Le taxi-be n'est pas qu'un moyen de transport. C'est un cours accéléré de patience, d'équilibre et d'humanité, pour le prix d'un beignet.
Moralité : j'ai raté mon arrêt, d'accord. Mais j'ai gagné un billet de blog et une leçon de confiance. Le Philosophe du fond aurait dit que je suis largement gagnant... et pour une fois, je suis d'accord avec lui. 🙂
Et toi, ta ligne de taxi-be, elle raconte quoi ? Dis-moi tout, je collectionne ces histoires.
Okay daholo, et à la prochaine ! ✨
Andry
Ce billet t'a parlé ? Réponds-moi, je lis tout et je réponds à tout le monde.