Ma fille m'a mis à la porte (avec un gros câlin)

K'aiza, k'aiza ! 👋 On est samedi, et la maison est toujours aussi silencieuse : mademoiselle a décidé de prolonger ses vacances chez ses grands-parents. Sur le papier, c'est la journée parfaite. Personne qui crie du matin au soir, personne qui te force à jouer sous peine de larmes immédiates accompagnées de ces yeux, là (je ne sais toujours pas comment elle fait), personne pour négocier un goûter supplémentaire. Et pourtant, il faut que je l'avoue quelque part : cette petite manatabava (celle qui me fait souvent crier) me manque.
Le câlin, puis la sentence
Alors je suis allé la voir. Elle m'a accueilli au pas de la porte avec un gros câlin, et pendant deux secondes j'ai cru que j'avais gagné. Puis elle a enchaîné, sans transition : 'ndana amzay mody (rentre maintenant). Traduction diplomatique : elle reste encore, et ce n'est pas une question. On a bien ri avec ses grands-parents. De toute façon, on le savait tous : elle n'accepterait pas facilement de revenir.
À défaut de vacances sur des plages ensoleillées dignes des plus belles côtes du monde, elle passe du bon temps chez papy et mamie. Et rien que pour ça, je suis ravi. (Mais rentre bientôt quand même, hein.)
La balade sans elle
Du coup, je refais nos parcours de balade. Les mêmes chemins, le même rythme, mais sans les questions et sans les arrêts surprises. Et c'est là, sur une allée plutôt déserte de notre ambanivohitra (notre coin de campagne), que quelque chose d'inhabituel m'arrête : un grand portail, et énormément de véhicules garés sur le bord du chemin. Qu'est-ce qui se passe ici ?
Quelques pas plus loin, un faire-part de décès collé sur un mur. Je m'approche pour le lire. Une petite fille est partie.
Je ne dirai rien de plus sur cette famille : ce n'est pas mon histoire. Mais je suis rentré avec un poids dans la poitrine.
Ce qu'aucun parent ne devrait vivre
Dans la logique des choses, aucun parent ne devrait vivre ça. Aucun.
Une nuit, j'ai rêvé que ma fille quittait ce monde. Un simple rêve, et pourtant : j'ai pleuré comme un bébé, je n'arrivais presque plus à respirer, et ma femme s'est mise à pleurer aussi en me réveillant, persuadée qu'il m'arrivait quelque chose de grave. Un rêve, et il me hante encore. Alors ce que ces parents traversent en vrai, je n'en ressens sans doute qu'une infime partie.
Ce genre d'épreuve marque à jamais. Elle peut même ébranler un couple. De loin, sans les connaître, je leur souhaite de se reconstruire ensemble : des embrassades sans un mot, des tiako ianao (je t'aime) murmurés, et des "on va traverser ça ensemble" répétés autant de fois qu'il le faudra.
Ce soir, la maison est encore silencieuse. Mais quelque part pas très loin, ma petite manatabava profite à fond de ses grands-parents, et c'est très bien comme ça. Quand elle rentrera, promis, je la laisserai crier un peu plus fort que d'habitude.
Et toi, si ton petit est à portée de bras ce soir, serre-le un peu plus longtemps que nécessaire. Le silence, ça se rattrape.
Okay daholo, et à la prochaine ! ✨
Andry
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